15.05.2007

La fin du "consensus permissif"

medium_bce.jpg Il est en sciences sociales un concept qui marque le début véritable de l'apparition de la démagogie en politique. Bien sûr on pourra toujours invoquer le plébiscite, le césarisme démocratique et autres détournements de notre beau système politique pour expliquer la démagogie. Néanmoins et dans la pratique, on constate que la démagogie des gouvernants apparaît avec la fin de ce que l'on appelle le "consensus permissif", au début des années 1990.

 Le consensus permissif, c'est la bienveillance, la confiance tacite de l'opinion publique pour tout ce qui concerne la politique extérieure. Ce consensus s'efface avec les difficultés à faire adopter le traité de Maastricht en France et au Danemark, mais aussi par exemple aux Etats-Unis, puisque c'est l'établissement de l'ALENA qui coûte vraisemblablement à Bus Senior son siège de Président au profit de Clinton.

 Le sujet est donc politisé. Et on se méfie des sujets politisés, dans le domaine de la politique étrangère. Pourquoi? Parce que les politiques ont globalement toujours tendance à défendre la protection face à leurs opinions publiques. C'est l'un des avatars de la démagogie. Et c'est parce que le consensus permissif s'est évanoui que les 15 ont préféré faire de la Banque Centrale Européenne un organe totalement indépendants des Etats membres, histoire d'éviter que les politiques jouent sur l'inflation pour, à l'approche des élections, libérer de la masse monétaire. 

 Si l'on devrait apporter juste un regard à la campagne présidentielle de cette année, on ne reprendrait que le raisonnement de Nicolas Sarkozy: « le seul moyen de récupérer les électeurs du NON c’est de répondre à leurs préoccupations. Fermeté sur l’immigration, et Europe qui protège. ». Bayrou et Royal ont repris le concept. L'affaire Airbus en est un assez bon témoin, mais l'attitude face aux délocalisations en général est un bon baromètre de démagogie.

 Est-ce que ces discours électoralistes vont arranger le rapport à l’Europe? On ne le sait pas. Sarkozy a eu des propos très radicaux, sur la "préférence communautaire", sur l'indépendance de la BCE, aussi. On peut parier dès aujourd'hui qu'il y aura des effets pervers qui se traduiront dans les prochains scrutins. Lorsque les propos de campagne se heurteront à la réalité du pouvoir. 

Commentaires

Et pourquoi donc, l'idée de vouloir protéger le marché unique européen de la concurrence des pays asiatiques à bas coût, serait-elle une idée démagogique ou anti-européenne ??

En quoi le fait de vouloir tirer quelques conclusions politiques d'un référendum où le peuple s'est exprimé clairement serait électoraliste ?

Ecrit par : Malakine | 16.05.2007

Ce n'est pas anti-Européen, c'est juste anti-libéral et incroyablement lointain de la réalité: on ne met aucun crédit supplémentaire à une recherche à laquelle on ne s'intéresse pas, mais on veut instaurer une préférence communautaire et quand le marché du textile s'ouvre on milite en urgence pour une clause de sauvegarde, plutôt que d'imaginer que le textile ce n'est plus trop une industrie pour nous...

Après, Malakine, c'est une question de convictions. Je suis pro-Européen, fédéraliste et libéral. Quand on partage au moins deux de ces convictions, c'est électoraliste de cultiver des attitudes sceptiques à l'égard de l'UE.

Ecrit par : Pierre Catalan | 17.05.2007

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