26.04.2007

L'article 88-5 de la Constitution.

medium_europe_fr.jpg Je voulais attirer votre attention sur un article de la Constitution Française qui semble contenter tout le monde. Cet article 88-5 a été ajouté au texte le plus fondamental de notre République par une loi constitutionnelle, un funeste jour de février 2005, alors que la courbe du NON au référendum commençait à prendre des proportions inquiétantes.

 Cet article stipule que tout nouvel élargissement de l'Union Européenne, après celui du 1er Janvier 2007, serait soumis à référendum en France. En fait, lors du processus d'adhésion d'un nouvel Etat-membre à l'UE, les  Etats-membres, par la voix tout d'abord de leurs ministres des Affaires étrangères en Conseil, puis par le vote des représentants des peuples de chaque Etat-membre, ratifie (ou non), un traité d'adhésion, fruit de plusieurs années de diplomatie pour les uns, d'efforts économiques, législatifs, et démocratiques pour les autres. Vous pouvez par exemple sur internet trouver le texte ratifié par le Parlement Français en octobre dernier pour approuver l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'Union. 

Article 88-5 :

Tout projet de loi autorisant la ratification d'un traité relatif à l'adhésion d'un Etat à l'Union européenne et aux Communautés européennes est soumis au référendum par le Président de la République.

[l'article 88-5, dans sa rédaction en vigueur jusqu'à l'entrée en vigueur du traité établissant une Constitution pour l'Europe, n'est pas applicable aux adhésions faisant suite à une conférence intergouvernementale dont la convocation a été décidée par le Conseil européen avant le 1er juillet 2004]

  Ce qui pose vraiment problème avec cette loi constitutionnelle, c'est que le peuple Français, seul parmi les vingt-sept peuples Européens, va pouvoir refuser à un autre peuple son entrée dans le "club". Imaginez-vous un seul moment, après avoir vécu la campagne référendaire, et les arguments type "le TCE va interdire le droit à l'avortement", "le TCE est contraire au principe de laïcité" etc, ce qu'un référendum sur l'entrée d'un peuple entier de l'Union (un peuple qui aura commencé le processus d'adhésion environ 10-15 ans avant la finalisation du Traité d'adhésion), pourrait avoir comme aspect!

medium_turquie-UE.jpg Quels arguments je vois venir comme cette affiche, contre l'Ottoman le sabre entre les dents! Contre le Biélorusse, l'Albanais, le Monténégrin! Une campagne pour dire "non" à un autre peuple, une campagne de violence et d'exclusion, alors même que l'on n'a aucune curiosité envers son histoire, ses passions, ses attentes, alors même qu'on ne s'intéresse pas à ce qui l'a forgé! 

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 Il y a des limites à vouloir le "tout-démocratie", à imaginer qu'on va imaginer remplir le déficit démocratique en faisant en sorte que les citoyens soient de plus en plus inclus directement dans les prises de décision qui concernent l'Europe (les citoyens d'Europe sont représentés par leurs Parlements, leurs ministres, et par le Parlement Européen). Il est des tâches qui sont conduites par les diplomates, eux-mêmes dépendants du mandat que leurs donnent des gouvernants démocratiquement élus.

 Imposer de la pseudo-démocratie conduisant à des campagnes populistes, avant même d'avoir songé à créer une opinion publique Européenne, curieuse de ses voisins, de leur histoire, de leurs coutumes, qui arriverait à une reconnaissance de soi dans l'autre, c'est tout simplement dangereux!

 En terme de droit, personne n'interdit à l'Irlande, à la République tchèque, à la Suède, d'adopter le même article dans leurs constitutions. Il restera de graves problèmes de morale et de démocratie:

  • Peut-on demander à un peuple par référendum de prononcer le ban, l'exclusion, d'un autre, alors qu'il ne le connaît même pas? Cela ne doit-il pas rester un travail de diplomate, profondément politique?
  • Peut-on demander au peuple Français, dont la décision vaudra pour l'Etat Français, de se prononcer alors même que la ratification d'un traité d'adhésion doit se faire à l'unanimité des Etats-membres?
  • Ces traités d'adhésion ratifiés par référendum ne risquent-ils pas de tourner à la campagne de haine et d'exclusion à l'égard d'un autre peuple?

 

 Au vu juste de ces quelques remarques désorganisées, il serait plus que souhaitable que le prochain Président de la République abroge la loi constitutionnelle n° 2005-204 du 1er mars 2005 modifiant le titre XV de la Constitution. Qui est contraire à l'esprit Européen, qui est dangereux pour notre démocratie. A moins de préférer vomedium_medium_rayezlaturquie_small.jpgir revivre un Front National assommé par le 22 avril, des postures nationalistes illustrant le repli sur soi d'une société complètement fermée et dont personne ne peut être fier. Quant à moi, l'idée m'en est insupportable.

 

Pour tout ce qui concerne la création de cette opinion publique Européenne, ce véritable enjeu de l'Europe politique, Jean-Marc Ferry dit tout mieux que moi ici

Commentaires

Oui, en effet, cet article de la Constitution n'est pas le meilleur souvenir que l'on conservera de la seconde présidence de Chirac...

Sans compter l'hyprocrisie de la phrase commençant par un officiel "tout projet de loi", alors que de façon plus qu'officieuse un seul et unique pays est visé : la Turquie.

Tout cela parce que, par manque de courage politique, notre futur ex-président qui n'a pas osé dire non devant tous ses confrères européens, a décidé de faire son coup en douce grâce à une majorité docile.

Heureusement, une telle ratification n'étant pas à l'ordre du jour (avant une bonne dizaine d'année), que ce soit pour la Turquie ou pour tout autre pays (alias victime collatérale), cela donne une grande marge de manoeuvre pour revenir en arrière, mais qui osera le faire ?

Nicolas Sarkozy, qui ne s'est pas opposé à l'ajout de cet article ? Hostile à cette adhésion depuis le début selon l'argument (ce soir sur France 2) que la Turquie serait en Asie Mineure... A argument idiot, contre-argument idiot : pourquoi avoir accepter Malte dans ce cas ?

Ségolène Royal ? Qui n'a pas d'avis sur la question parce que, de toutes façon, ce sont les français qui décident...

Non, c'est sûr, l'Europe (et la Turquie) ne méritent pas ça, l'Europe ne mérite pas non plus les politiciens français d'ailleurs.

Ecrit par : odanel | 26.04.2007

Je ne connaissais pas cet article... je connais plus l'article 78-2 du Code de procedure pénale.

Donc avant de parler d'élargissement à d'autres mon souhait serait qu'on puisse déjà circuler librement en France sans se faire controler au faciès. Donc avant de parler de l'exclusion d'autres peuples de l'Europe mon souhait est qu'on ne puisse plus exclure des citoyens en France.

Ecrit par : Farid | 26.04.2007

Je reste sceptique...
je suis fortement opposé à tout nouvel élargissement autre que les Balkans - à terme, car la situation actuelle ne le permet pas. Ce texte est sans doute un manque de courage de la part de Jacques Chirac, mais je ne serais pas aussi sévère que vous.
De deux choses l'une, soit on veut que les citoyens participent à la vie européenne, qu'ils puissent sentir leur appartenance et donc choisir les orientations qu'ils veulent soit on continue de montrer que l'Europe a été faite par des technocrates, par des personnes déconnectées de la réalité des citoyens. On peut être un européen convaincu et en même temps reconnaître que l'Europe a une grosse déficience démocratique.
Paradoxallement c'est l'UE qui étend la Démocratie aux pays, qu'ils soient, ou non, européens, l'UE promeut la paix. Et en même temps, l'UE est toujours une technocratie, ou les citoyens ne votent pas aux élections européennes...

C'est qu'aujourd'hui beaucoup ne se reconnaissent plus dans l'UE. On leur a "imposé" l'élargissement à 12 pays de l'Est dont beaucoup ne connaissaient même pas l'existence. Je ne parlerais pas de la diabolisation des politiques français. Pour préciser j'étais pour l'élargissement aux PECOs mais il y a bien un problème de méthode...
Il est grand temps que l'Europe se dote de frontière. N'est-ce pas la base de toute construction politique? C'était déjà difficile de créer une Europe politique à 15, voire impossible, il sera encore plus délicat de trouver un accord à 27 (32 avec les Balkans!!!) alors à 40...

Pour ce qui est de la Turquie, j'y suis donc opposé, pour les raisons qui suivent:
1) Un pays qui ne reconnaît pas un pays membre de l'UE n'a rien à faire dans l'UE.
2) Je pense en effet que les seuls 10% (on va dire en gros) du territoire qui appartiennent en Europe ne sont en rien un argument pour l'entrée de la Turquie.
Historiquement, qu'il s'agisse de l'Empire Romain, ou de l'Empire Ottoman, une partie de la Turquie a pu faire partie de l'Europe, mais alors pourquoi pas prendre aussi l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte...
3) J'ai dit tout à l'heure que l'Europe avait véhiculé la paix. Je pose une seule question, quels sont les pays frontaliers de la Turquie? Je vous donne la réponse Syrie, Irak et Iran pour ne citer qu'eux... Dans le genre stable, on a connu mieux...
4) Il est stipulé pour justifier un nouvel élargissement que les états européens doivent accpeter cet état, et que bien entendu l'état en question le veuille aussi.
Première constatation, le peuple Européen est mitigé et on peut se demander si le peuple Turque en a vraiment envie... (au contraire des élites).
5) Je serais donc plus pour une coopération économique mais rien de plus.
6) On a déjà du mal à comprendre où va l'Europe pour reprendre le titre du livre de P. Moreau-Defarges, alors pourquoi ajouter au flou ambiant... On devrait se battre pour que l'UE-27 soit mieux comprise par ses citoyens et qu'elle corresponde à une envie et une attente, ce qui n'est pas le cas au lieu de déjà parler de nouveaux élargissements.
7)Turquie, et après? Ukraine, Russie, Biélorussie (le combat démocratique de l'Europe...)... Et puis de l'autre côté de la méditerranée c'est la même chose, le Maroc avait bien fait une demande.

En définitive, je pose deux questions:
Qu'est-ce que l'Europe?
Quelle Europe veut-on (politique? ou économique? et dans ce dernier cas on pourrait donc s'ouvrir aux autres pays)?

Ecrit par : Sébastien | 27.04.2007

Oups, je me rends compte que j'ai mélangé Malte et Chypre, sacrilège ! :o)

@ Sébastien : l'adhésion de la Turquie pose de sérieux problèmes, il est vrai, notamment votre point 1 (auquel j'aurais rajouté les relations avec les minorités kurdes et arméniennes). En revanche, je suis plus sceptique concernant la géographie, il n'y a pas bien longtemps l'on considérait que l'Europe de l'Est ce n'était pas l'Europe de l'Ouest, dans la passé la géographie a souvent été définie selon des intérêts politiques.

N'oublions pas non plus que les différences ancestrales entre les peuples arabes, turcs et perses (chacun voyant les deux autres commes des ennemis potentiels malgré la Foi en la même religion) est l'une des principales motivations (après les motivations économiques) des Turcs pour entrer dans l'Union Européenne, et ce depuis quatre décennies !

On parle souvent ces derniers temps de l'Europe à deux vitesses, avec un noyau dur qui construirait une véritable Europe politique et les autres pays qui se contenteraient du marché unique. Il y aurait donc une large puissance européenne étendue, avec une version concentrée plus politisée. Cela ne me choque pas, et je pense que ce serait une bonne solution pour résoudre de nombreux problèmes auquels est confrontée l'Union Européenne aujourd'hui. Et pour ma part, je ne suis pas hostile à ce que l'on fasse entrer la Turquie dans cette zone light si elle voit le jour.

Ecrit par : odanel | 27.04.2007

La Turquie n'a aucun intérêt à entrer dans l'Europe c'est un pays jeune, dynamique, la croissance y est très forte. Dans vingt ans quand nous aurons perdu encore du temps à subventionner les pays de l'est et que ce pays deviendra un grand acteur de la région avec un partenariat disons privilégié avec l'UE, on s'en mordra les doigts.

Mais passons et donnons des arguments qui ne tiennent pas pour ne pas dire la vérité; L'UE est un club de chrétiens blancs.

Le seul argument que je trouvais à peu près convaincant contre l'entrée de la Turquie est sa population qui forcerait à revoir tous les rapports de force et les institutions.

Mais continuons à humilier un peuple, à créer des frustrations et après on ne comprendra pas pourquoi le monde nous en veux.

Ecrit par : Zahra | 28.04.2007

Désolé je suis athé et je n'assimile en rien l'Europe a une pseudo aire chrétienne...

On peut ne pas vouloir l'entrée de la Turquie sans être taxé de raciste quand même, l'argument vole bas... Il me semble que mon premier argument est de loin le plus inquiétant: la Turquie ne reconnaît pas un des membres de l'UE... C'est grave quand même et source d'instabilité...
Ensuite tout dépend de ce que l'on veut pour l'Europe.

JE NE VEUX PAS D'UNE EUROPE UNIQUEMENT ECONOMIQUE

Je veux que l'Europe soit politique, que l'on forme un grand Etat fédéral où tous les pays seraient des Etats fédérés, le but n'est pas uniquement de devenir plus riche, d'avoir une plus forte croissance, d'être plus nombreux... J'ai même envie de dire que je n'en ai rien à foutre (ou presque...).

La seule et unique chose qui compte, c'est qu'il se forme un sentiment européen, une véritable "identité européenne" pour reprendre une expression à la mode, une coopération complète et approfondie de tous les Etats, sur tous les sujets... (D'ailleurs à ce titre, je suis contre une Europe à deux vitesses, sinon on peut s'interroger sur le bien fondé des élargissements et sur la pertinence d'une Europe politique, mais on pourra en re-débattre...)

C'est l'Europe politique que je veux, une Europe de citoyens, pas une Europe de consommateurs ni de travailleurs...

Après au-delà des arguments fondamentaux que j'ai exprimés dans l'autre commentaire, j'ai des interrogations qui ne forgent pas mon NON à la Turquie mais qui font que je suis de plus en plus sceptique.
Je ne les ai pas citées justement dans le but d'éviter toute généralisation. Au sujet d'Erdogan notamment et de son passé...

Nous taxer de raciste parce que l'on s'oppose à l'entrée de la Turquie au lieu d'essayer de nous convaincre que nous avons tort, c'est bien le signe qu'il y a un problème et que tu n'es pas capable de répondre à nos interrogations...
L'aggressivité ressort toujours lorsque l'on ne sait pas quoi répondre...
Ceci étant dit, j'attends tes arguments contradictoires (? je ne suis pas sûr que l'on dise comme cela ?).

Viens débattre... La Turquie aura plus a y gagner que des attaques...

Ecrit par : Sébastien | 28.04.2007

D'un côté tu as raison mais d'un autre côté non !
En synthèse, je dirais qu'une démocratie sans peuple n'a plus vraiment de sens et que, du fait des trahisons successives de nos gouvernants, nous en sommes à une méfiance réciproque que ce texte essayait (plutôt mal) d'amenuiser.
L'Europe ne peut pas se construire sans se référer à une volonté des peuples européens et cela doit être traduit dans les structures.
Mais dans un pays où l'information donnée consiste à présenter comme bonnes toutes nos politiques nationales, les mauvaises venant de là-haut, de l'Eurpe de Bruxelles, comment veux-tu que cela marche ?

On pourrait bientôt se retrouver avec la même méfiance envers notre assemblée nationale si nous continuons dans cette voie du tous contre tous…
:-)

Ecrit par : filaplomb | 29.04.2007

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