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09.12.2006
Comment l'UE adopte t-elle un acte législatif?
On entend souvent certains hommes politiques Français, Besancenot, Dupont-Aignan, De Villiers, Laguiller, Le Pen, et plus récemment Fabius, pour ne pas les nommer, dénoncer les "gens de Bruxelles" qui décideraient à notre place.
Il est donc à mon sens utile de revenir sur le parcours d'une directive ou d'un réglementation Européenne, de la Commission européenne aux Etats et citoyens des pays de l'UE. Car il faut savoir que la Commission ne décide rin dans l'élaboration d'une directive, mais qu'elle ne fait que proposer. La décision est partagée entre le Conseil des ministres (qui se réunit suivant les domaines abordés: ministres de l'agriculture pour la PAC, ministres de l'économie pour le budget ou les taxes, etc.), et le Parlement. C'est ce que l'on appelle la Codécision.
Pourquoi implique t-on Commission, Conseil et Parlement dans le processus législatif? Parce que chacun a une légitimité différente: une légimité supra-nationale et communautaire pour la Commission, une légitimité nationale et intergouvernementale pour le Conseil des ministres, et la légitimité du peuple pour le Parlement.
Ainsi, le parcours d'une directive commence par sa création, par un fonctionnaire attaché à une direction générale de la Commission européenne, placée sous la volonté du Commissaire européen compétent. Une fois la directive rédigée, elle psse entre les mains du Parlement européen en première lecture, qui va y apporter des modifications, puis la passer à l'examen du Conseil des ministres compétent quant le sujet de la directive, qui va alors soit accepter le texte tel qu'il est, et donc l'adopter, soit le modifier et adopter ce que l'on appelle une position commune, qui fait l'objet d'un avis de la Commission. Cet avis implique notamment d'obliger le Conseil d'adopter ses modifications à l'unanimité, et non à la majorité qualifiée, ce qui est très complexe à 27, et qui permet aux petits pays d'avoir plus de pouvoir. Mais cet avis n'est jamais aussi contraignant, notamment parce que le dialogue entre Commission et Conseil est presque permanent.
Le texte passe alors en seconde lecture entre les mains des parlementaires européens. Les parlementares ont alors trois possibilités:
- Le veto, qui condamne la directive (ce qui n'est arrivé qu'une seule fois, en juillet 2005, sur la directive, très controversée, relative à la brevetabilité des logiciels).
- L'adoption sans plus d'amendements, qui fait entrer l'acte législatif en vigueur.
- Le vote d'autres amendements, qui renvoie le texte au Conseil, en deuxième lecture.
Le Conseil en deuxième lecture peut accepter le texte revu par le Parlement, et donc l'adopter, ou bien décider qu'il ne l'accepte pas. On convoque alors un Comité de conciliation composé de membres du Parlements et de membres du Conseil et des Etats-membres.
Ce Comité de conciliation peut aboutir à un projet commun, qui doit encore être adopté par le Parlement pour faire entrer le texte en vigueur, ce qui reste une formalité.
Le Comité de conciliation peut aussi ne pas aboutir du tout, et on abandonne alors le projet. Ce n'est arrivé que trois fois dans l'histoire de l'Union.
Ce processus dure de un an et demie à deux ans, si il va jusqu'à son terme. La première lecture nécessite environ douze mois de travail, et la deuxième lecture prend trois à quatre mois pour le Conseil, et à peu près l'équivalent pour le Parlement.
Ceci nous confirme donc que les "technocrates de Bruxelles" ne dirigent pas l'Europe...
NB: Merci à jean-Marie Albouy-Guidicelli d'avoir popularisé cette note sur son blog! Si jamais vous voulez prendre textes et schémas que j'ai réalisés pour mes articles, faites-le librement évidemment!
20:00 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : UE, Europe, politique, parlement, loi, directive







Commentaires
Je suis heureux de voir que le fonctionnement de l'Europe n'est pas une idée floue . La directive souhaitée par la Commission est l'outil qui permet la reciprocité mais aussi le concensus respectueux entre les différents corps legislatifs, qu'ils soient nationaux ou européens. Il ne faudrait pas oublier que la France n'est pas seule et que les décisions qui sont prises avec nos partenaires sont comme des "régulateurs" de vitesse, parce qu 'à mon sens , les nouveaux pays qui s' intégrent dans l' union européenne, et cela va etre le cas le 1 er janvier 2007, doivent conduire librement leurs politiques de modernisation . En effet, la Roumanie me parait encore fragile mais je ne doute pas que ses efforts finiront par payer.
La France n'est pas "anarquée" par les prétendus technocrates de Bruxelles. Dirons nous que De Villiers, Besancenot et Fabius sont totalement dans les choux! lol
J'ajoute enfin que j'ai entendu aujourd'hui meme Arnaud Montebourg, porte parole de Segolène Royal, dire que le programme du parti socialiste etait "profondément antilibéral" et qu'il s'appuyait sur le rejet des socialistes lors du dernier référendum portant sur l'adoption du traité constitutionnel. Galvanisé par "cette victoire nationale", monsieur 6 ième République a annoncé son souhait de changer radicalement les institutions au lendemain de l election présidentielle.
Eh bien, dites moi, ca promet! En meme temps, je me pose vraiment la question de savoir si Tony Blair est un antilibéral. Personnellement, je pense qu'il se paie notre tete! Ce monsieur a toujours abusé de l'ironie maladive et de l 'impertinence des mauvais élèves. C'est un personnage Molièresque, à la hauteur de Sganarelle ah ah
Ecrit par : Christophe Léonard | 09.12.2006
Le fonctionnement de l'UE implique en fait déjà beaucoup les citoyens et les Etats, comme on peut le comprendre dans ma note.
Ici par exemple, les représentants des citoyens Européens ont pouvoir de vie ou de mort sur toute directive. Il faut arrêter de stigmatiser l'obscur fonctionnaire qui aura rédigé la première version de directive: son résultat est un texte qui implique les 3 légitimités...!
Merci à toi aussi de ton commentaire, comme je le disais à Sébaste Lagorce, en ce moment une chape de bêtise semble fondre sur les commentaires de mon blog grâce à M; Delehaye.
Ecrit par : Pierre Catalan | 10.12.2006
Bonjour,
J'ai une question concernant la Commission et les directives. D'accord, la procédure de codécision existe, et dans ce cas, une directive par exemple s'intitule "directive xx/yy/CE du parlement européen et du conseil".
Mais alors pourquoi il existe des "directives xx/yy/CE de la commission"? Est-ce à dire que la Commission a proposé ET adopté un texte réglementaire? Si vous avez plus d'info...
Cordialement
Ecrit par : Vincent | 16.01.2007
C'est totalement impossible que la Commission adopte un texte législatif. Elle n'a qu'un monopole de proposition.
En revanche, il est des actes législatifs uniquement adoptés entre le Conseil sur proposition de la Commission (pour des décisions de type taxes ou budget, par exemple).
Je cherche plus d'infos.
Ecrit par : Pierre Catalan | 16.01.2007
Bonjour,
J'avais oublié de donner des exemples:
directive 98/42 de la commission;
directive 1999/97 de la commision.
A bientôt
Vincent
Ecrit par : Vincent | 02.02.2007
Salut Vincent,
C'est bien ce que je pense. Les directives sont par nature de la Commission, puisqu'elle a le monopole de la proposition d'acte législatif.
Ce que tu me communiques comme exemple de directives sont du même jus que la directive sur les services de 2004: c'est une directive proposée par le Commissaire Bolkenstein qui a ENSUITE été l'objet de discussions lors de la procéde de codécision normale que je décris dans cette note.
Il en est de même pour les deux directives que tu cites. Le fait que le texte soit préparé ne veut pas dire qu'il est voté, ni qu'aucune modification, de la part du Conseil ou du Parlement, n'est prévue.
Ecrit par : Pierre Catalan | 02.02.2007
Plus d'un an après, je reviens sur la directive 1999/97/CE.
Je confirme que la Commission a bien ADOPTÉ cette directive. En effet, la Commision a AUSSI des pouvoirs législatifs. Simplement, ces pouvoirs lui ont été donné par le parlement et le conseil, dans le cadre de la comitologie. C'est important de savoir ça, et ça explique bien des textes de lois.
Heureux d'avoir pu participer à éclaircir les idées!
Ecrit par : Vincent | 16.04.2008
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